Bretagne

Ce n'est point d'habitat traditionnel, mais des habitats traditionnels qu'il convient de parler, tant en la matière, c'est l'extrême variété et l'abondante diversité des maisons des Bretons qui saute aux yeux du visiteur. Si le modèle archaïque à foyer central n'est plus qu'un souvenir, visible encore dans quelques rares sites historico-archéologiques comme l'exceptionnel hameau de l'An Mil à Melrand, la " maison longue " avec cheminée au pignon et toit à deux pentes, a une descendance bien nombreuse ! Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale on trouvait encore, en Brière et dans certains secteurs du pays Vannetais de ces maisons rurales à pièce unique où la séparation entre hommes et bêtes relevait plus du symbole que de la réalité concrète. Ces temps-là sont révolus. Et la campagne bretonne offre, la plupart du temps l'image d'un pays où se mêlent dans une harmonie plus ou moins grande selon les secteurs, demeures anciennes et maisons dites " néobretonnes ", théorisées par les architectes régionalistes dès l'entre-deux-guerres.

Une tradition de pierres

L'architecture bretonne " traditionnelle " pour sa part, fait évidemment la part belle aux matériaux que lui offre le pays. Et au premier d'entre eux, la pierre qui se décline en une quasi-infinité de granites, du rose éclatant de la clarté au gris plus ou moins soutenu. Mais selon les régions, la maison bretonne peut offrir aussi une dominante de schistes, quasiment noirs au centre Bretagne, pourprés du côté de Guichen en Haute-Bretagne ou presque verts dans la région de Nozay. Si la pierre impose sa couleur, elle dicte aussi les formes et les volumes.

Une variété architecturale

Quoi de commun entre les petits moellons de schiste du Poher et les gros blocs de granite taillés du canton de Perros-Guirec ? Et entre les demeures de pierre de Basse-Bretagne et celles de pisé - terre mélangée à de la paille - que l'on trouve abondamment en Haute-Bretagne ? La variété observée au niveau des couleurs, des formes et des matériaux se retrouvent au plan des volumes et des proportions. Si le Trégor, à la terre riche et limoneuse, s'enorgueillit d'imposants bâtiments sans fioritures, les îles et la bordure maritime où la vie était rude, ont un habitat digne de maisons de poupées.

De la chaume à l'ardoise

Les toits ne présentent pas une moindre richesse de typologie que les murs. L'ardoise, jusqu'au milieu du XIXe siècle, était un matériau coûteux auquel les paysans préféraient de loin le chaume. De seigle, comme dans le Pays Vannetais, ou de roseau comme en Brière, c'était la couverture à peu près universelle du pays avant la diffusion de l'ardoise des Montagnes Noires puis d'Angers. Les tableaux de Gauguin, les bois gravés de Rivière, les dessins de maints visiteurs comme les récits des auteurs du XIXe siècle sont là pour nous prouver que le chaume était alors partout présent, sur les granges, sur les maisons d'habitation et jusque sur certaines églises, à la campagne, mais aussi dans les petites villes. Dans le Trégor maritime, il alternait harmonieusement avec la tuile, importée non de Provence ou d'Italie, mais... de Grande-Bretagne. Aujourd'hui, seuls quelques îlots limités continuent cette tradition. C'est le cas de la Brière, bien sûr, mais aussi d'une partie du Vannetais et de la Cornouaille. Une visite au hameau de Lanvaudan, comme dans le village associatif de Poul Fetan en Quistinic vous donneront une idée assez précise de ce qu'était la Bretagne du XIXe siècle.

Austérité et chatoiement des couleurs

Lorsque la pierre n'est pas apparente, elle peut être recouverte d'un enduit de ciment aux camaïeux de gris qui s'harmonisent merveilleusement à ceux du ciel, comme dans le Léon, où l'on n'apprécie pas les couleurs. Mais la coutume, dans les villages de pêcheurs, était jadis de chauler les murs. Quoi de plus gai et de somptueux alors que ces chaumières des bords de l'Aven ou du Bélon, aux murs étincelants, aux volets bleus de Bretagne et flanquées de massifs d'hortensias d'un rose éclatant ? Une image d'Epinal sans doute. Et une carte postale reproduite à satiété. Mais à coup sûr une vision d'une Bretagne soucieuse d'identité et d'enracinement.

La particularité ouessantine

La maison ouessantine, quant à elle, est un monde à part qui, très classique à l'extérieur, est tout à fait remarquable par son intérieur. Cloisonnée à l'extrême, avec un espace dont chaque centimètre carré est utilisé, elle donne l'impression de boîtes empilées ou juxtaposées les unes à côté des autres et tire davantage sur l'aménagement intérieur des bateaux sur lesquels les hommes embarquaient jadis pour des séjours de plusieurs mois. Le mobilier, peint en bleu et en blanc, souvent fait de bois d'épave, plus nombreux sur l'île que les arbres eux-mêmes, contraste étrangement avec celui de tout le reste du pays, qui est plutôt de bois naturel foncé et ciré.