Picardie patrimoine et histoire

Patrimoines, monuments et sites de la Picardie

Ancienne province et ancienne région administrative, la Picardie est une région culturelle du nord de Paris. Son nom est repris à la fin du XXe siècle pour désigner une région administrative regroupant les départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme ayant le même chef-lieu, Amiens. Dans le cadre de la réforme territoriale, la région Picardie a fusionné avec la région Nord-Pas-de-Calais le 1er janvier 20161. Le nom provisoire de cette nouvelle région est Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

La Picardie, fraction de l'antique Belgique gauloise, recouvre au Bas Moyen Âge tous les territoires au nord de Paris, depuis Beauvais jusqu'à Calais et Tournai, parlant une langue romane distincte du français, le picard, dont le dialecte le plus vivace est aujourd'hui appelé ch'ti. Elle ne désigne plus au sortir de la Guerre de Cent Ans que le gouvernement militaire de sa partie méridionale disputée par les Pays-Bas bourguignons mais restée française. Elle est érigée sous l'Ancien régime en une Généralité, et à la veille de la Révolution forme le cœur de la Généralité d'Amiens, qui s'étend de la Manche orientale à la Champagne et de l'Île-de-France à l'Artois et au Hainaut.

La Picardie s'étend aussi en Belgique aux villes de Tournai et Mouscron où l'on parle le picard tournaisien et non le ch'ti, ce dernier étant un des dialectes du picard à proprement parler.

La Picardie, située entre Marne et Somme, possède un prestigieux patrimoine historique et culturel associé à une nature préservée. Pionnière de l’art gothique, la région picarde ne compte pas moins de six cathédrales, dont celles d’Amiens, de Beauvais et de Laon. Berceau du royaume de France depuis les rois carolingiens, elle recèle également de nombreuses villes classées villes d'art et d'histoire. Un autre de ses trésors est son patrimoine naturel offrant des sites exceptionnels comme la baie de Somme, classée réserve naturelle et surnommée la "petite Camargue du nord" ou les jardins flottants des bras de la Somme.

Plus majestueux et royaux, le patrimoine de nos régions compte aussi de nombreux châteaux, notamment en Picardie. La plupart sont souvent entourés de somptueux parcs et jardins, ayant d'ailleurs inspiré les nombreux écrivains et auteurs qui peuplaient leurs cours, et plus tard ceux qui s'y baladèrent. Rappelons que Jean de La Fontaine est né à Château-Thierry et qu'il fut un des favoris de la cour de Louis XIV, que les mousquetaires de Dumas traversèrent la Picardie et eurent à loisir de fréquenter auberges et gîtes, comme leur auteur.

Patrimoine architectural

On ne saurait parler de la région sans toucher un mot du patrimoine architectural. Alors certes, les deux guerres mondiales ont causé pas mal de tort à notre diversité architecturale, mais vous trouverez encore facilement quelques joyaux d'architecture ici ou là.

L'architecture traditionnelle.

Du sud au nord de la région, la pierre laisse place à la brique. Ainsi en Picardie (forêt de Compiègne et autour de Laon) ainsi que dans l'Avesnois, de nombreux villages sont encore en pierre. En Picardie, les ravages de la guerre ont néanmoins laissé place à une reconstruction utilisant la brique avec des fermes massives mais néanmoins décorées de frises et de pilastres. Les villages égrènent leurs maisons souvent ponctuées de girouettes aux motifs variés autour des églises. A Saint-Quentin, la ville a été détruite à 80 % pendant la Première Guerre mondiale. Reconstruite dans les années 1920-1930, elle compte pas moins de 3 000 façades Art déco !

Les beffrois.

On ne pourrait évoquer l'architecture du pays sans parler de ses beffrois. Ils ont été majoritairement érigés à partir du XIe siècle avec l'essor économique et la naissance de bourgs commerciaux administrés par des marchands. Ces marchands devenus bourgeois revendiquaient une autonomie auprès de leur suzerain. Les beffrois sont ainsi venus matérialiser les communes en tant que tour à même de rivaliser avec les donjons et clochers existants. Ces objets multifonctionnels (tour de guet, salle de réunion, prison, coffre-fort...) perdront leur utilité au fil des siècles mais restent encore aujourd'hui des monuments majeurs symboles de notre culture.

Pour les beffrois des grandes villes, vous pourrez vous rendre à Arras, Béthune, Calais, Bailleul, Amiens ou Compiègne (qui a un style plus gothique et élégant). Ces emblématiques tours trônent le plus souvent au milieu des places de marchés où se font encore aujourd'hui les rassemblements populaires.

Il faut également noter l'importance des hôtels de ville dans le patrimoine du Nord. Ces édifices ont le plus souvent acquis le même intérêt que les édifices religieux. On citera celui de Lille, de Dunkerque, de Calais ou d'Armentières...

Autres ouvrages répandus, les moulins à vent qui parsèment les monts de Flandres, à Hondshotte, Boescheppe, Cassel mais aussi en Artois à Achicourt ou vers la côte. Ils servaient au pressage des céréales et des oléagineux, certains demeurant actifs et perpétuant aujourd'hui encore la tradition artisanale.

Architecture militaire de la Picardie

Les fortifications.

D'anciens bastions se retrouvent encore dans la région, des vestiges de fortifications encouragées par la situation stratégique de la zone. Ces premiers édifices sont construits au XVe siècle, après l'introduction des armes lourdes, comme les canons à boulets métalliques auxquels ne résistent pas les simples palissades en bois ou les murs de pierre. Pourtant, il faudra l'arrivée de Vauban (1633-1707) et de son génie militaire, pour que les lignes de défense deviennent réellement efficaces.

Son fameux système se retrouve dans les deux lignes de places fortes qui forment le fameux Pré Carré (double ligne de villes fortifiées qui protège alors les nouvelles frontières du Royaume de France contre les Pays-Bas espagnols). Une partie de la première ligne se trouve aujourd'hui en Belgique, mais les principales structures se situent dans le Nord, le Pas-de-Calais et l'Aisne.

La première ligne devait protéger l'intérieur des terres, tandis que la ligne arrière, composée des villes plus éloignées, gardaient les renforts et assuraient la maintenance des troupes. Chaque fortification prend la forme d'une étoile à branches multiples, les bastions étant disposés de manière à offrir le meilleur angle de vision possible aux défenseurs. Les fossés, situés autour, consolidaient l'assise des fortifications. Pour retarder l'envahisseur, différents dispositifs comme les demi-lunes étaient placés bien avant la partie forte mais à portée de vue suffisante... pour faire feu sur l'ennemi littéralement emprisonné dans un réseau de tranchées et fragmenté en petites troupes.

Certaines de ces fortifications sont conservées en l'état, mais d'autres ont souffert des affrontements du XIXe siècle et surtout du XXe siècle. Les plus beaux exemples encore visibles se trouvent à Bergues, Lille, Le Quesnoy ou Arras.

Les châteaux de la Picardie : Des châteaux qui font rêver !

Les châteaux sont particulièrement nombreux dans les trois départements de Picardie. Vous y trouverez un très beau panel représentatif des différences architecturales médiévales. La première fonction des châteaux et constructions féodales était défensive : la position stratégique de l'Aisne obligea la fortification des villes d'importance, comme Château-Thierry, tandis que forteresses et autres bastions militaires côtoyaient les importants châteaux forts de l'est.

Château de Chailvet – 02 Aisne

Non loin de Laon, à Ruyaucourt-et-Chailvet, le château de Chailvet interpelle par son architecture Renaissance d’inspiration italienne. Un cas unique dans la région. Sa particularité provient de ses arcades avec galeries superposées qui s’achèvent de part et d’autre du bâtiment par deux tours. Le château fut le fief des seigneurs de la Vieuville, ducs et pairs de France.

A découvrir : les arcades

Plus d’infos : chateau-chailvet.html

Château de Chantilly – 60 Oise

Le château fut d’abord une forteresse médiévale avant que d’importants travaux soient entrepris au XVe puis XVIIe siècle par les Montmorency puis par la famille Condé, notamment le grand Condé. Ce dernier, éloigné de la cour, fit dessiner le parc par André Le Nôtre, ce qui fut sa plus belle création. De nombreux écrivains comme La Fontaine, La Bruyère, Bossuet y furent reçus. Après la Révolution, le duc d’Aumale entreprit sa reconstruction.

A découvrir : l’allée des philosophes, le petit château qui date de 1551, le cabinet des livres, le jeu de paumes, les grandes écuries.

Plus d’infos : www.chateaudechantilly.com

Château de Pierrefonds – 60 Oise

A la lisière de la forêt de Compiègne, au nord de Paris, il est un imposant château fort de style médiéval. Flanqué de huit tours, de courtines et de deux chemins de ronde superposés, il constitue au Moyen Âge un ouvrage de défense typique. Durant la Régence, il fut assiégé et en partie détruit sur ordre de Richelieu. Racheté par Napoléon Ier, il fut restauré par Eugène Viollet-le-Duc à la demande de Napoléon III.

A découvrir : le chemin des rondes, les appartements impériaux

Plus d’infos : http://pierrefonds.monuments-nationaux.fr

Château de Rambures – 80 Somme

Construit au XVe siècle, ce château est l’un des tout premiers en Europe à être construit dans sa quasi-totalité en brique. De style féodal et sur plan carré, flanqué de ses huit tours et demi-tours, il est considéré comme un chef-d’œuvre de l’architecture militaire médiévale tardive. C’est un des rares châteaux du Moyen Âge encore présents dans la région.

A découvrir : les salles du château, le parc labellisé jardin remarquable et sa roseraie

Plus d’infos : www.chateaufort-rambures.com

Château de Régnière-Ecluse - 80 Somme

C’est en 1030 que l’abbaye de Saint-Riquier cède le domaine de Régnière-Ecluse à la famille Tyrel de Poix. Bien plus tard en 1831, à l’initiative du comte Herman d’Innisdal, le domaine prend sa dimension actuelle. Le propriétaire s’inspire alors des demeures aristocratiques de l’Ancien Régime et des jardins à l’anglaise pour transformer l’endroit. Il en résulte un lieu où le charme opère et un édifice qui interpelle par son style atypique.

A découvrir : le parc, l’activité sylvicole,

Plus d'infos : regniere-ecluse

Château de Bertangles – 80 Somme

Au nord d’Amiens, ce château pure Régence est la propriété du comte Louis de Clermont-Tonnerre, après avoir été celle de la famille Bertangles. Le château se compose d’un corps central et de deux pavillons latéraux. Les deux façades longues de cent mètres sont exclusivement décorées de sculptures et de mascarons célébrant la paix, par le biais des arts, de la géographie ou encore de la mythologie.

A découvrir : les façades qui célèbrent la paix, le pigeonnier, la grille d’honneur réalisée par Le Vivarais qui fit également les grilles du cœur de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens,.

Plus d’infos : chateaubertangles

Cathédrales de Picardie : le gothique en Picardie

Étendard du patrimoine de Picardie qu'il partage avec les manoirs et les châteaux, l'art gothique a fleuri dans la région au point d'offrir sur son sol les plus beaux exemples de son architecture au gigantisme criant.

Ainsi, on compte en Picardie six cathédrales (Amiens, Beauvais, Soissons, Laon, Senlis, Noyon) et d'innombrables édifices religieux tout aussi majeurs (basilique de Saint-Quentin, abbatiale de Saint-Riquier, abbatiale Saint-Vulfran à Abbeville).

Aux XIIe et XIIIe siècles, la Picardie bénéficie d'un essor économique important ; le pouvoir religieux, désireux d'affirmer sa puissance, lève des fonds pour construire des édifices à la gloire du catholicisme. L'art roman s'essouffle, et l'apparition des voûtes et croisées d'ogives permet d'élever plus haut les églises.

Du gothique simple qu'on retrouve dans les cathédrales les plus anciennes de la région (Noyon 1150 et Senlis, dans sa partie ancienne du moins), les architectes vont par la suite rivaliser d'imagination pour construire toujours plus haut leurs édifices, jusqu'au chef-d'œuvre de la période gothique dite « flamboyante » : Notre-Dame d'Amiens, la plus profonde du monde (on y logerait deux fois Notre-Dame-de-Paris).

Mais les architectes voudront faire encore plus : ce sera l'échec de Beauvais. Voulue par les chanoines pour rivaliser avec Amiens : elle s'effondra plusieurs fois... Cependant, à 48 m, elle reste la plus haute sous voûte, le record de l'histoire du gothique.

Chronologie des cathédrales de Picardie : Noyon (1145-1235), Senlis (1151-1191), Laon (1150-1235), Soissons (début des travaux en 1180), Amiens (1220-1288), Beauvais (début des travaux - jamais finis - en 1247). Le super plan pour les amateurs : les visiter dans l’ordre chronologique.

Architecture religieuse en Picardie

Marquée par la présence de multiples rois et d'ecclésiastiques, la région possède quelques perles de l'architecture religieuse de France. Joyau des joyaux, la cathédrale Notre-Dame d'Amiens date du début du XIIIe siècle. Véritable chef-d'oeuvre gothique, elle fut créée par Robert de Luzarches qui combina la démesure des parures extérieures aux vitraux, tours et sculptures dans un seul grand ensemble classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Son esthétisme a fait dire à Auguste Rodin : " C'est l'empire absolu de l'élégance suprême. " Bien que celle-ci soit la plus emblématique, la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais se distingue également par son choeur gothique (le plus haut du monde avec 47 mètres). Datant du XIIIe siècle, elle n'a jamais vraiment été terminée, car il manque encore la nef. Autre bijou, l'élégante cathédrale de Laon domine la ville haute et se voit à plusieurs kilomètres à la ronde. Rodin, fin connaisseur, la décrivait ainsi : " Les tours de Laon, vues à distance, sont comme des étendards qui portent au loin le juste orgueil de l'homme. " Senlis compte aussi une cathédrale de renom, qui s'inscrit parfaitement dans les vieilles pierres du paysage. Construite dès le XIIe siècle, elle fut presque détruite lors d'un incendie et fut donc restaurée dans un style gothique flamboyant dès le XVIe siècle. A Noyon, une grande église accueillit le couronnement de Charlemagne. Il s'agit ni plus ni moins que de la plus ancienne église gothique, ou plutôt cathédrale, de la région, voire de France. Quelques cathédrales du Nord sont également superbes et méritent votre détour. La cathédrale Notre-Dame-de-Grâce de Cambrai, la basilique du Saint-cordon de Valenciennes ou encore la sublime tour abbatiale de Saint-Amand-les-eaux.

Le patrimoine sacré ne s'arrête bien évidemment pas à ces édifices puisque à cela il faut ajouter les collégiales, dont celle d'Abbeville, inachevée depuis le début de sa construction au XVe siècle, mais proposant un bel exemple de style gothique flamboyant. Bien avant cela se construisait la basilique de Liesse au XIIe siècle, dans un pur style gothique cette fois. Les abbayes et les prieurés sont fortement présents dans la région, comme à Saint-Riquier où l'abbaye du VIIe siècle accueille un musée, tandis que l'église abbatiale domine la ville malgré ses maintes reconstructions. L'abbaye de Valloires date quant à elle du XVIIIe siècle, bien que sa première édification date de 600 ans. Elle vaut le détour notamment pour son jardin botanique très riche et pour son parfait état. Sans parler de l'abbaye de Vaucelles. Cette abbaye cistercienne, classée Monument Historique, est située dans la vallée du Haut-Escaut sur la commune de Les Rues des Vignes à 10 km de Cambrai et à 24 km de Saint-Quentin.

Si l'art gothique n'est pas vraiment originaire de la région, c'est en Picardie et dans le Nord qu'il s'est le plus exprimé, en tout cas de la plus belle façon. L'aboutissement de l'architecture gothique reste naturellement les cathédrales qui furent érigées dès le XIIe siècle, avec pour fleuron la cathédrale d'Amiens et ses dimensions ahurissantes, ses voûtes croisées d'ogives extrêmement hautes et ses innombrables sculptures. Collégiales, abbayes, églises : toutes les constructions d'alors s'imprègnent du style, parfois sous l'influence flamande, avec les hallekerke qui répondent à des dimensions bien précises. Si à Laon la cathédrale est la plus ancienne, donc la moins représentative, celle de Beauvais affiche toutes les caractéristiques de l'architecture gothique à son apogée, choeur entièrement vitré, murs peu épais et peut-être même un certain déséquilibre.

Le gothique flamboyant s'exprime quant à lui à travers des édifices bâtis au XVIe siècle, notamment dans la Somme et à Abbeville en particulier, avec l'église Saint-Vulfran qui expose toute la créativité des sculpteurs d'alors et l'abondance de détails aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'édifice. La Renaissance, qui arrive juste après, sonne le glas du style gothique pour un retour à des lignes plus épurées mais ne trouve en région que peu d'écho. Après tout le plus beau a déjà été fait !

Ouvrages d’art de la Picardie

Tandis que les moulins à eau continuent de tourner au gré du courant, les moulins à vent, qui ont pourtant peuplé toute la région, ne sont plus très nombreux. Leur construction remonte au Moyen Age, vers le XIe siècle, et rapidement les techniques se sont affinées pour donner ce que certains appellent les " géants du Nord ".

Au fil des temps, les constructeurs ont su adapter chaque moulin à l'environnement. Après les constructions fixes (tributaires du sens du vent), sont apparus les premiers exemples dotés d'un toit sur pivot, comme à Achicourt. Les moulins peuplaient surtout trois départements : le Pas-de-Calais, la Somme et le Nord qui, avec les Flandres, en comptait le plus.

Lors de la guerre de 1914-1918, tous les moulins situés sur la ligne de feu furent rasés, soit au cours des batailles, soit pour éviter qu'ils ne servent de poste d'observation ou de point de repère pour les tirs d'artillerie. A cela s'ajouta le manque d'entretien et de nouvelles taxes qui contribuèrent à la destruction de nombreux moulins. Aujourd'hui, s'ils ont perdu leur rôle économique, les moulins sont devenus des points d'attraction touristique et des centres d'animations et de festivités.

A ce titre-là, quelques-uns ont été reconstruits ou rénovés pour perpétuer la tradition du pressage artisanal de céréales et d'oléagineux. Aujourd'hui quelques meuniers sont encore en activité et produisent essentiellement de la farine (en petite quantité). Ils conservent un charme fou et contribuent à l'image d'Epinal que peuvent avoir les touristes de la région.

L'histoire de la Picardie

Chronologie

- 200 000 ans av. J.-C. : premières traces d'activité humaine en Picardie.

- De 600 av. J.-C. à 58 av. J.-C. : civilisation gauloise et création d'oppidums jusqu'à la guerre des Gaules.

- 481-486 : victoire de Clovis à Soissons, avec la célèbre anecdote du vase. Il fait de la ville de l'Aisne la capitale des Mérovingiens.

- 751 : Pépin le Bref est couronné roi des Francs à Soissons.

- 768 : Charlemagne est couronné roi des Francs en la cathédrale de Noyon.

- 877 : Charles le Chauve crée l'abbaye Sainte-Corneille à Compiègne.

- 987 : le 2 juillet, couronnement de Hugues Capet à Noyon après son élection à Senlis. La dynastie des Capétiens est née !

- 1066 : après avoir quitté Dieppe pour envahir l'Angleterre, Guillaume le Conquérant échoue à Saint-Valery-sur-Somme. Il y reste coincé plusieurs jours avant de repartir mener la bataille de Hastings.

- 1145 : début de l'ère des cathédrales en Picardie, avec les travaux de construction de la plus ancienne d'entre elles, Noyon.

- 1186 : le traité de Boves partage la Picardie entre le roi et la Flandre.

- 1328 : le roi de France, Charles IV, meurt sans héritier. Philippe de Valois s'installe sur le trône pourtant revendiqué par Édouard III d'Angleterre.

- 1337 : début de la guerre de Cent Ans qui va profondément marquer la Picardie et commencer une série de guerres jusqu'au milieu du XXe siècle en Picardie. Philippe de Valois récupère Guyenne et Ponthieu à son vassal anglais qui déclenche le conflit et commence par saccager l'Aisne de Saint-Quentin à Laon.

- 26 août 1346 : la France est défaite par les Anglais lors de la célèbre bataille de Crécy, à Crécy-en-Ponthieu. Les archers gallois défont la bourgeoisie de la Somme.

- 1360 : un traité entre le dauphin Charles V et Édouard III redonne une partie de la France à l'Angleterre, notamment le Ponthieu.

- XVe siècle : la Picardie est écartelée, même si elle est majoritairement anglo-bourguignonne !

- 18 août 1429 : après l'avoir conduit au sacre à Reims, Jeanne d'Arc emmène le roi de France Charles VII à Compiègne où il fait une entrée solennelle.

- 23 mai 1430 : Jeanne d'Arc est capturée par les Anglais à Margny-lès-Compiègne et est transférée à Rouen, via Saint-Valery-sur-Somme, pour y être jugée puis brûlée.

- 1435 : le traité d'Arras marque la fin de la guerre entre les Bourguignons de Philippe le Bon et la « France de France » de Charles VII.

- 1461 : le conflit franco-bourguignon, qui a quelque peu supplanté la guerre entre l'Angleterre et la France, du moins en Picardie, reprend vivement entre les deux descendants, Charles le Téméraire, fils de Philippe le Bon, et Louis XI, fils de Charles VII.

- 1468 : Louis XI est à Péronne pour tenter une alliance avec Charles le Téméraire. Le Bourguignon capture finalement le roi de France et le libère sous conditions. Mais Louis XI reniera sa promesse...

- 1472 : pour se venger, Charles le Téméraire s'attaque à nouveau à la Picardie avec 30 000 hommes. Il détruit Nesle et marche sur Beauvais, défendue par l'héroïne Jeanne Hachette.

- 29 août 1475 : l'Angleterre et la France signent le traité de Picquigny, village de la Somme qui met fin à la guerre de Cent Ans. Édouard IV l'Anglais préfère mettre un terme au conflit plutôt que de s'allier à nouveau avec Charles le Téméraire le Bourguignon.

- 1483 : la fille de Charles le Téméraire se marie avec un Habsbourg qui signe la paix d'Arras, faisant entrer la Picardie dans le royaume de France.

- 1519 : la paix avec les Habsbourg ne dure pas longtemps. Charles Quint devient empereur et fait preuve d'une ambition démesurée pour agrandir son territoire au sud des Pays-Bas qu'il domine.

- 1529 : François Ier est prisonnier de Charles Quint et cède à nouveau les villes de la Somme.

- 15 août 1539 : François Ier signe l'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui fait du français la langue de référence dans le royaume.

- 1540-1550 : François Ier construit de nombreuses forteresses en Picardie.

- 1557 : terrible bataille à Saint-Quentin entre Philippe II, qui succède à Charles Quint comme roi d'Espagne, et Henri II, le fils de François Ier. Noyon est également ravagée.

- 1562-1598 : les guerres de Religion vont à nouveau plonger la Picardie dans la terreur.

- 1589 : Henri de Navarre, pour devenir roi de France, devient Henri IV. Il fait reconstruire les remparts de Crépy. Les guerres de Religion cessent avec l'édit de Nantes.

- 1598 : la paix de Vervins met fin à la guerre avec l'Espagne entre Henri IV et Philippe II.

- 1618-1648 : la guerre de Trente Ans oppose à nouveau Espagnols et Français : le nord de l'Aisne et de la Somme sont occupés.

- 7 novembre 1659 : la paix des Pyrénées réintègre la Picardie dans le royaume de France et repousse la zone frontière.

- 1789-1815 : la Révolution française et ses Picards (Babeuf, Camille Desmoulins).

- 27 mars 1802 : signature de la paix d'Amiens entre l'Angleterre et la France.

- 1870 : guerre avec la Prusse ; les villes sont occupées par l'envahisseur.

- 1885 : Viollet-le-Duc, grand architecte, restaurateur notamment des cathédrales Notre-Dame de Paris et d'Amiens, achève la rénovation du château de Pierrefonds.

- Septembre-octobre 1914 : les troupes allemandes envahissent la Picardie ; elles occupent le Chemin des Dames.

- 1er juillet 1916 : lancement de la terrible bataille de la Somme qui durera plusieurs mois et fera au total près de 1,2 million de victimes, tués ou blessés.

- 16 avril 1917 : le général Nivelle lance l’offensive sur le Chemin des Dames qui se solde par un terrible échec. Les mutineries vont ensuite se multiplier dans le camp français.

- 1918 : en mars, à Doullens, Foch et les dirigeants des Alliés s’accordent sur un commandement unique ; l’armée australienne arrête les Allemands à Villers-Bretonneux le 27 avril ; le 11 novembre, signature de l’armistice dans un wagon en forêt de Compiègne.

- Mai 1940 : Amiens est bombardée, plus de la moitié des maisons sont détruites, la cathédrale en réchappe miraculeusement.

- 1940 : l'armistice entre la France et l'Allemagne est signé à Rethondes dans le fameux wagon, Hitler voulant laver l'affront de 1918.

- 1941 : ouverture du camp de Royallieu, près de Compiègne.

- Mai 1944 : bombardements intensifs sur Amiens.

- 1981 : la cathédrale d'Amiens est classée au Patrimoine mondial de l'Unesco.

- 1989 : ouverture du parc Astérix à Plailly dans l'Oise.

- 1994 : inauguration de la gare TGV Haute-Picardie, à Ablaincourt-Pressoir.

- 2012 : les habitants de la Somme ont enfin officiellement un gentilé, les Samariens, suite à une consultation populaire.

- 2014 : la fusion des régions Picardie et Nord-Pas-de-Calais est actée par le Parlement après moult débats.

- 2014-2018 : nombreuses commémorations dans toute la Picardie à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale.

- 2016 : commémorations spécifiques en souvenir de la bataille de la Somme (juillet-novembre 1916). Un grand événement pour les nations du Commonwealth engagées dans le conflit. Des milliers d’officiels, pèlerins de la mémoire et touristes venus du monde entier, sont attendus.

Histoire

Préhistoire

C'est à Biache-Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais, que fut mis à jour le chantier préhistorique le plus important de la région. Le vestige le plus célèbre est le crâne d'une femme de Biache, qui date d'environ 200 000 ans. Mais on estime que l'être humain est présent dans le Nord depuis plus de 600 000 ans. Lorsque les conditions étaient plus rudes, les hommes étaient contraints de quitter la région pour trouver refuge plus au sud. Parfois, certains étaient amenés à franchir le détroit du Pas-de-Calais à pied, le niveau de la mer pouvant être d'une centaine de mètres plus bas qu'aujourd'hui ! Les fouilles de Biache-Saint-Vaast ont permis de mieux connaître le mode de vie des hommes du paléolithique moyen. Ils sont alors chasseurs et non plus charognards. La phase récente de cette période, du début du dernier glaciaire à 35 000 ans, correspondant à celle des hommes de Néandertal, est également connue dans le Pas-de-Calais, grâce à quelques gisements comme à Corbehem, Tortequenne, Hermies ou Rinxent. Toutefois, il est intéressant de noter que dans la vallée de la Sensée se trouvent monolithes, sépultures et autres tumulus, étrangement conservés et datant de la période pré-gallo-romaine.

De son côté, la Picardie demeure une région ayant conservé de nombreux témoignages de l'ère préhistorique : à Abbeville avec des trouvailles datant du paléolithique, mais aussi dans l'Oise (à Breteuil, Jonquières ou Néry) et dans l'Aisne. La Somme peut être considérée comme le berceau de l'archéologie puisque c'est à Abbeville, au milieu du XIXe siècle, que Jacques Boucher de Perthes découvrit des silex taillés et des fossiles d'animaux dans des carrières aux abords de la ville. C'est, pour lui, la preuve de l'existence de l'homme d'avant le Déluge : l'homme préhistorique était né. Un peu plus tard, sur un chantier d'extraction à Saint-Acheul, un faubourg d'Amiens, sont mis au jour des silex taillés qui seront baptisés acheuléens. Les outils de Saint-Acheul ont été datés d'environ 450 000 ans. Les plus vieux outils de ce type ont été trouvés en Afrique et datent de plus d'un million d'années.

Antiquité

Environ deux siècles avant notre ère, quatre grandes tribus gauloises d'origine germanique envahissent le territoire du Nord : les Morins au nord-ouest, les Ménapiens au nord-est, les Atrébates au sud-ouest et les Nerviens au sud-est. Ils s'établissent surtout dans l'actuel Pas-de-Calais, laissant le Nord couvert de vastes forêts et de marécages. Conquise par Jules César en 57 avant J.-C., la région est restée rebelle à l'intégration romaine chez les Morins et les Nerviens, qui cèdent cinq siècles plus tard aux invasions des Francs. Les tribus gauloises qui peuplent les contrées picardes sont, elles, vaincues définitivement par Jules César en 51 avant J.-C. ou résistent pour finalement être incorporées dans la Gaule belge. Sur la côte, Itius Portus (probablement Wissant) est l'une des grandes stations navales de l'Empire romain qui y laissent de nombreuses traces de leur passage et de leur implantation, notamment les routes, appelées de nos jours " chaussées de Brunehaut ", et dont il reste quelques tronçons méconnaissables. Sept d'entre elles rayonnaient ainsi autour de Bagacum (Bavay dans l'Avesnois, dont le forum romain est fort intéressant), permettant à la cité de commercer avec tout l'empire. C'est d'ailleurs à cette époque que les principales villes se développent, parmi lesquelles Amiens, et l'explosion démographique fait des villae des cités d'importance. L'Aisne devient en particulier, grâce à sa position stratégique, un territoire très convoité.

Après l'incorporation de la Gaule belge et l'évangélisation, la région passe aux mains des Francs, avec l'arrivée de Clovis. Les Mérovingiens au pouvoir, les fils de Clovis se partagent, en 511, la Gaule en quatre morceaux. Plus tard, quand la division coupe l'empire des Francs en Neustrie et Austrasie, l'Escaut qui sépare alors la région, marque la frontière entre la Neustrie, qui deviendra la France et l'Austrasie destinée longtemps à être germanique. Après Charlemagne, le plus célèbre roi de Neustrie, les pays se transforment en comtés féodaux et un nouveau découpage modifie la donne.

Moyen Age

L'histoire des régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie au début du Moyen Age reflète la complexité du système féodal. A l'ouest, le comté de Flandre profite d'un pouvoir royal français trop lointain. Positionné comme un vassal théorique du roi de France, ce comté parviendra à lutter efficacement contre les Normands et occupera une position particulière. Les premiers comtes flamands, qui émergent, étendent leur juridiction de la Canche à l'embouchure de l'Escaut. Du côté germanique, on observe la même tendance avec l'apparition d'entités politiques ne devant qu'une obéissance toute théorique à l'empereur. En 1180, Isabelle de Hainaut épousa Philippe Auguste, qui reçut donc l'Artois en dot. Suite à une succession délicate concernant le comté de Flandre (et impliquant le comté de Hainaut), le roi de France doit faire face à une coalition réunissant l'empereur, le roi d'Angleterre et le comte de Flandre (Ferrand de Portugal). L'affrontement se solde par une bataille décisive à Bouvines en 1214, laquelle voit la victoire de Philippe Auguste. De ce fait, Philippe Auguste parvint à donner aux rois de France la possibilité de peser sur les affaires des Flandres et du Hainaut. Cette période profite également à l'émergence religieuse, où fleurissent les béguinages. Néanmoins, cette période faste est de courte durée. Les tensions montent progressivement entre les rois de France et d'Angleterre, au sujet des Flandres notamment. Le comte de Flandre est au service de son suzerain le roi de France, alors que les intérêts économiques des Flamands sont tournés vers l'Angleterre. Quant au comte de Hainaut, c'est tout naturellement qu'il se range du côté de l'empereur, lequel est allié à l'Angleterre.

C'est alors qu'éclate la guerre de Cent Ans, très éprouvante pour la région, devenue véritable champ de bataille et enjeu des royaumes. En 1346, Crécy-en-Ponthieu, dans la Somme, est témoin de la première débâcle de l'armée française et de ses arbalétriers génois face aux archers gallois et anglais. Quelques années plus tard, en 1415, à Azincourt, dans le Pas-de-Calais, les troupes françaises subissent un nouveau revers humiliant. La cavalerie lourde, rendue moins efficace par un terrain boueux, est décimée par les archers en majorité gallois, équipés d'arcs à longue portée. Cette déroute sera considérée comme la fin de l'ère de la chevalerie et le début de la suprématie des armes à distance. En 1430, Jeanne d'Arc est arrêtée à Compiègne, qui, du coup, acquiert une réputation nationale. Au-delà des combats, la région dut également faire face aux épidémies, notamment celle de peste noire.

Philippe le Bon, duc de Bourgogne de 1419 à 1467, par d'incessantes manoeuvres matrimoniales, met un terme définitif aux comtés de Flandre et de Hainaut et réunit sous sa couronne la totalité de ce qu'on appelle alors les Pays-Bas. Dans la continuité, Charles le Téméraire entreprit de doter ses seigneuries d'institutions communes. Cette période est d'une relative prospérité.

De la Renaissance à la Révolution

En 1506, Charles de Gand hérite de son père ce que l'on appelle alors les Pays-Bas. Elu empereur du Saint-Empire et roi d'Espagne connu sous le nom de Charles Quint, il entreprend sans difficulté de grandes réformes administratives. Pendant les cent cinquante ans qu'ils furent soumis à la domination espagnole, l'Artois et la Flandre, du fait de leur richesse et de leur position stratégique, ont réussi à se faire accorder des privilèges importants, qu'ils conserveront après leur retour à la Couronne de France. D'inévitables tensions territoriales éclatent régulièrement avec le royaume de France, dont la frontière s'arrête encore à l'Aisne. L'affrontement légendaire entre Charles Quint et François Ier se fait durement ressentir dans la région : les bourgs sont pris et rasés. Seul le Cambrésis, positionné en duché, reste une terre neutre qui permettra les discussions entre les belligérants.

Mais les batailles continuent à d'autres niveaux. De fortes oppositions religieuses se font sentir. Le protestantisme cherche à s'installer dans la région et pour faire face à ce mouvement, l'Université de Douai est installée par la contre-réforme catholique, en 1552. Les batailles sanglantes se succèdent, si bien que les provinces du Nord des Pays-Bas espagnols, pour la plupart protestantes et néerlandophones, rejettent le roi d'Espagne et constituent les Provinces-Unies en 1581. Les Pays-Bas méridionaux restent, eux, catholiques, qui dépendent d'un empire plus vaste, dirigé (depuis Madrid) par les Habsbourg. La fin d'une époque est signée. Les guerres de conquête de Louis XIV font fi des comtés et dessinent alors à peu près les frontières du nord de la France telles qu'elles sont aujourd'hui. Après avoir annexé l'Artois en 1659 et racheté Dunkerque aux Anglais, Louis XIV s'empare de Douai et de Lille en 1667, puis de Valenciennes et Cambrai en 1677. Le roi impose sa nouvelle administration, tandis que Vauban métamorphose le système défensif médiéval imposant plusieurs villes fortifiées, qui marquent profondément le paysage de la région.

Les montées des revendications et la révolution ont un impact significatif sur la région. La Constituante de 1790 donne naissance aux départements. Les discussions sont âpres sur les partages mais apparaissent finalement les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Aisne et de l'Oise.

De la Révolution au XXIe siècle

Avant même que n'éclate la Révolution française, la Révolution brabançonne, qui refusait les réformes de Joseph II d'Autriche, éclatait sur les frontières de nos régions, qui mena à l'indépendance des Etats Belgiques unis en 1790. La même année, l'Assemblée législative déclarait la guerre à l'Autriche et les armées françaises se réunissaient en Flandre pour se rendre maîtres des Pays-Bas et révolutionner la Belgique. Les premières opérations ne furent pas heureuses. Pourtant, le siège infructueux de Lille par le duc de Saxe montra l'héroïsme des Lillois et redoubla l'enthousiasme qu'inspiraient alors les luttes d'une seule nation contre toutes pour sa liberté. Les Français perdirent un temps Landrecies, Le Quesnoy, Condé et Valenciennes, qui furent incorporés à la Belgique. Cependant, la campagne française se solda par l'occupation des provinces bataves.

Sous le Premier Empire, la Flandre cessa d'être le théâtre de la guerre. Elle avait accueilli avec peu d'empressement les idées révolutionnaires, sans toutefois y opposer une réelle résistance. Mais elle avait fourni d'excellents soldats et continua d'en donner aux armées de Napoléon. En 1814, ses villes furent assiégées et, après les Cent Jours, la région subit l'occupation et perdit quelques districts et forteresses, qui furent incorporés au nouveau royaume des Pays-Bas. S'en suit une ère de prospérité due à ses nombreuses richesses et à l'industrialisation.

Les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie profitent en effet du développement des mines et de la propagation des chemins de fer. Les villes se densifient, la classe ouvrière émerge et Lille prend un essor intellectuel et scientifique, accueillant de nombreuses écoles et universités. Mais cet essor dut rapidement faire face à l'arrivée des troupes ennemies, en l'occurrence les Prussiens en 1870. Le siècle des excès commence alors avec ses guerres et ses blessures. On ne se dispute plus une région mais un pays. Les armées foulent le territoire comme des géants distraits, écrasant le relief, labourant le paysage, abîmant plus que les plates-bandes. La Grande Guerre fut particulièrement éprouvante dans la région, notamment à cause de grandes batailles dont celle de la Somme, le chemin des Dames dans l'Aisne... jusqu'à sa conclusion, dans la forêt de Compiègne où fut signé l'Armistice de 1918.

Après coup, la région se remit peu à peu, mais la Seconde Guerre mondiale suivit rapidement pour encore une fois frapper durement le territoire. Au début du conflit, un géant lillois se dressera à son tour pour marquer le siècle de son empreinte : Charles de Gaulle. Lui et Philippe Pétain sont natifs de la même région, mais ils n'ont pas la même " idée de la France ". Les armées alliées et ennemies s'affrontèrent dans la Somme, sur la côte et de grands sites furent détruits par des bombardements successifs. Les blockhaus en sont encore une cicatrice béante dans nos paysages.

La Seconde Guerre mondiale terminée, l'heure est à l'Union sacrée pour relever le pays. En 1946, les compagnies de l'ensemble du bassin furent nationalisées pour former les Houillères du Nord-Pas-de-Calais. A la même époque, la sidérurgie connut un développement rapide, et les entreprises, bénéficiant des financements du plan Marshall modernisèrent certaines de leurs usines. Néanmoins, cette période faste, qui aurait pu faire croire que le Nord avait retrouvé sa puissance de production, dut faire face à la crise dès 1950. Des années 1950 aux années 1980, la région vit l'arrêt progressif de l'extraction du charbon. Environ 150 000 emplois sont supprimés dans le bassin minier, auxquels s'ajoutent 100 000 suppressions de poste dans le textile et plus de 50 000 dans la sidérurgie et la métallurgie. L'État essaie de relancer l'activité en favorisant l'implantation d'usines du secteur automobile dans la région.

A partir des années 1980, la société évolua d'un monde de grandes industries vers celle des services. De grandes entreprises émergent, parmi lesquelles des sociétés de vente par correspondance ou les nombreuses enseignes de super et hypermarchés, dont nombreuses sont originaires de la région. La cristallerie d'Arques reste un exemple de production locale... qui profite du virage des délocalisations pour faire de nombreux licenciements dans les années 2000. Un virage qui amena les analystes à repenser leur territoire.

Le poids de la mémoire minière

De nombreux Français, et tous les gens du Nord, ont lu le livre et vu le film Germinal, pour sentir encore le souffle ocre de la mine, pour revoir ces paysages de sueur et de poussière, de crassiers et de corons, et écraser une larme. Car il ne s'agit peut-être plus là de tourisme, mais on ne peut qu'être ému en passant devant ces terrils où l'herbe pousse depuis qu'on ne vient plus la recouvrir de fraîches pellicules charbonneuses. Il est toutefois toujours possible de visiter d'anciens puits de mine, comme à Lewarde, mais les chevalets et anciennes installations minières se fondent dans le paysage. Il reste tout de même quelques terrils imposants dans le bassin minier, surtout dans la région de Lens. L'histoire de l'exploitation minière dans le Nord demeure encore aujourd'hui représentative de l'état d'esprit de la région. Elle évoque la percée industrielle, les glorieuses années de prospérité économique, puis la déchéance avant le renouveau qui se remarque de plus en plus. Les premiers gisements furent découverts dans le Hainaut, près de Valenciennes et Douai, au XVIIIe siècle, mais étaient à fleur de sol et ne nécessitaient pas de recherche approfondie. Il faudra attendre la révolution industrielle et l'engouement pour l'industrie minière pour que commencent les premiers forages et prélèvements. Longtemps, la recherche reste infructueuse et ce n'est qu'en 1846 que la manne noire est découverte à Oignies, dans le Bassin artésien. Rapidement, après la découverte du filon, les entrepreneurs s'installent sur tout le territoire exploitable. Les premiers puits de mine voient le jour : les méthodes de travail rudimentaires se modernisent peu à peu mais très lentement. Les mineurs s'adaptent pourtant à ce quotidien très risqué (coups de grisou, éboulements, accidents mortels...). Les chevaux descendent également pour tirer les charrues quand ils ne servent pas à hisser hommes et charbon. C'est toute la famille qui travaille, une telle aubaine ne se rate pas. Les hommes descendent au fond, les femmes jouent le rôle de lampistes, les enfants, les " galibots ", se faufilent dans les endroits peu accessibles et travaillent hardiment, jusqu'au jour où ils descendront " réellement ", à leur tour, pour creuser. Les grands patrons, soucieux du rendement mais aussi du bien-être des ouvriers, bâtissent les fameux corons, ces cités ouvrières où dorment les familles travaillant pour eux. Non loin de là, par souci d'unité, sont construites les grandes demeures des patrons et ingénieurs. Petit à petit, la vie s'installe et les commerces se regroupent autour de ces endroits.

Seules manquent les distractions qui se résument aux fêtes communales (les ducasses par exemple) et aux sorties dans les bistrots. Malgré les épisodes des deux guerres, l'industrie minière se porte plutôt bien jusque dans les années soixante-dix. Alors qu'une tonne de charbon par jour était remontée au début du XXe siècle, on arrive à un rendement de 7 à 8 tonnes par jour à cette période. Les méthodes de travail ont changé et les mineurs sont désormais des ouvriers spécialisés, voire des techniciens de pointe, aguerris à la manipulation de machines excavatrices. Le chômage s'installe " à cause " du progrès et la situation devient critique vers le début des années quatre-vingts à cause de la concurrence d'autres pays et de leurs coûts de production moins élevés : le rendement des mines du Nord n'est plus rentable. Finalement le dernier puits de mine ferme le 21 décembre 1990 à Oignies, là où l'histoire avait commencé. Les années quatre-vingts furent les années du sinistre et aujourd'hui ne restent dans les villes minières que des souvenirs et d'antiques chevalements, préservés comme patrimoine, tandis que les terrils, ces monts de résidus miniers, sont exploités ou réhabilités, le meilleur exemple demeurant la piste de ski artificielle de Loisinord à Noeux-les-Mines.

De nos jours

La fin des années 90 et le début du XXIe siècle conduisent en effet à envisager les choses autrement. La crise économique durable qui touche la région amène à revoir le diagnostic du territoire. La position géographique de la région Nord-Pas-de-Calais est un atout incomparable pour faciliter l'émergence de nouveaux réseaux économiques, de nouveaux flux. L'ouverture du Tunnel sous la Manche en 1994 ouvre un champ de possibles extraordinaire. L'exploitation du TGV Nord-Europe, d'Eurostar, de Thalys conduisent à une réelle révolution. Lille et la Haute Picardie se rapprochent de Paris, Bruxelles ou Londres. L'ouverture des frontières lui a redonné sa vocation ancienne de carrefour européen. En effet, le Nord-Pas-de-Calais profite de cette nouvelle géographie pour repenser ses frontières et s'investit peu à peu dans des projets européens d'envergure, notamment par des projets transfrontaliers.

Cet effet lifting, comme certains aiment à l'appeler, n'aurait sans doute pas été aussi convaincant sans une volonté politique forte ; celle de donner un nouveau visage à la région. Lille en est un exemple criant. Le label Capitale Européenne de la culture en 2004 a donné un nouveau souffle à la capitale des Flandres. Si la région se réapproprie son passé (ducasses, braderie de Lille ou carnaval de Dunkerque), elle joue aussi un rôle moteur dans les nouvelles créations. Le pari des industries culturelles est relevé et plusieurs domaines d'activité se dessinent : mode, cultures urbaines, vidéo ou plus récemment nouvelles technologies de l'image. Sans oublier le pharaonique projet du Louvre-Lens ouvert depuis la fin 2012. La région attire de nouveaux publics et les touristes se jouent désormais des clichés longtemps véhiculés sur le Nord.

La Picardie surfe également sur cette vague tertiaire et profite de ces nouvelles mannes économiques. L'émergence de l'aéroport de Beauvais et sa bonne soixantaine destinations en est une bonne illustration. L'industrie souffre davantage, à l'image de la médiatique fermeture de l'usine Continental en 2009 dans l'Oise. Pour résister à la crise, les Picards misent sur leur proximité avec l'Ile-de-France, mais aussi sur l'innovation, la technologie ou la chimie du végétal.

Des fiançailles tumultueuses

Le mariage est prévu pour le 1er janvier 2016 entre le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie. Mais les fiançailles ne furent pas si simples... Sans passer en revue tous les épisodes, la région Picardie a un temps été découpée, puis a fait l'objet d'un très impopulaire projet de fusion avec la Champagne-Ardenne, avant finalement de devenir la promise du Nord-Pas-de-Calais. Si les Picards sont plutôt partisans de ce rapprochement (sauf dans le sud de l'Oise où l'on se sent franciliens et dans une partie de l'Aisne qui est plutôt champenoise), les élus nordistes ont un temps exprimé clairement leurs réticences. La situation s'est apaisée autour de ce mariage de raison, mais un nouveau débat est apparu avant les noces : la capitale régionale. Lille semblait promise à cette destinée, au regard de son poids démographique et économique. C'est d'ailleurs la capitale des Flandres qui a été retenue au printemps. Mais auparavant Arras avait fait valoir sa centralité. On a aussi, et surtout, entendu la réaction d'Amiens, inquiète de voir disparaitre " 5 000 à 7 000 emplois ". Dans la capitale picarde, un appel a été bien suivi sur les réseaux sociaux pour défendre Amiens et ses 180 000 habitants contre la géante métropole lilloise (1,1 million d'habitants). Cette défense des intérêts picards a dépassé les clivages politiques mais elle n'a pas eu les faveurs des principaux candidats aux élections régionales, même auprès du Picard Xavier Bertrand. Avec ces débats et ces rivalités, les deux régions ne se marient donc pas que pour le meilleur...

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Date de dernière mise à jour : 15/02/2016